Mona Chollet – Chez Soi (fiche lecture – arpentage)

lundi, juin 8, 2020 0 No tags Permalink

Mona Chollet explique que le chez soi est généralement sous-estimé : on l’oppose souvent à l’espace public intéressant, collectif, etc. alors que pour elle bien habiter son chez soi est une condition pour bien vivre l’extérieur et en profiter réellement. Elle met en avant les inégalités que cela fait émerger par ailleurs entre les personnes en fonction de la taille, la qualité, l’occupation de leur logement, et le temps qu’iels peuvent y passer. Elle critique par ailleurs le capitalisme qui produit une vision préformée, fantasmée de l’espace personnel, qui n’est pas celle qu’on connait dans la pratique

Chapitre 1

Dans ce chapitre, Mona Chollet oppose les figures du / de la «grand.e voyageur.euse» et du / de la «casanier.ère» : le.a premier.e vivrait pour bouger, toujours être ailleurs, découvrir sans cesse de nouveaux environnements, sans avoir d’attaches, le.a second.e serait coincé.e à l’intérieur, ne ferait pas de nouvelle expérience, etc.

Pour Mona Chollet, cette opposition (souvent formulée en faveur du premier modèle), n’a pas lieux d’être parce que le temps chez soi, qui se joue essentiellement dans le quotidien (cuisiner un repas, rêvasser, se reposer, lire un livre, s’occuper de son logement…) est un temps nécessaire à la digestion des expériences vécues (elle fait un parallèle avec son travail de journaliste: être perpétuellement dans le mouvement et la poursuite physique de l’actualité n’est pas ce qui lui permet d’écrire le mieux).

Elle regrette par la suite que ce mode de pensée empêche complètement dépenser l’importance du chez soi: «on n’habite pas chez soi, on le consomme». Cet impensé entraine celui des inégalités regardant le espaces personnels et les enjeux sociaux que ça représente.

Chapitre 2

Dans ce chapitre Mona Chollet explore la nouvelle dynamique que créent l’expansion d’internet et la démocratisation de son accès vis-à-vis de la dualité sortir/rester-chez-soi.

Internet est une lame à double tranchant: elle accentue la pulsion du partage, de la communication, tout en surchargeant l’esprit, en ne laissant pas le temps de communiquer. C’est à la fois un mouvement de l’extérieur vers l’intérieur (il est impossible d’échapper au flot d’information qui nous «tombe dessus») et inversement (on communique beaucoup plus tout en perdant la sensorialité de cette communication).

Le danger vient pour elle de la perte de maîtrise de l’outil («Mon cerveau d’avant internet me manque») qui crée de l’anxiété. Il faut retrouver la maîtrise de ces moyens d’ouverture qui peuvent, bien utilisés, nourrir des relations et redonner du sens aux rencontres physiques.

Pour Mona Chollet, il faut aussi se rendre compte de l’importance de la façon dont l’ouverture au monde (par internet ou par sa fenêtre) transforme son expérience de l’intérieur et vice-versa

Chapitre 3

Dans ce chapitre, Mona Chollet évoque les personnes SDF et l’importance du logement comme prérequis à la démocratie. Ne pas avoir de logement c’est être privé.e d’un «second vêtement» et perdre la première des choses qu’est censé garantir la vie en société: la capacité de dormir en sécurité.

Pour Mona Chollet, cette incapacité à loger tout le monde est la première et principale trahison du capitalisme vis-à-vis de la démocratie: elle évoque la façon dont la libéralisation du marché du logement et la forte hausse des inégalités face à ce dernier dans les dernières années a fait peser une forte pression sur notre société (inégalités, chantage au logement, anxiété vis-à-vis du besoin de se loger, etc. Décohabitation difficile, perte de la possibilité d’habiter un espace longtemps et de se l’approprier…)

Elle réfléchit ensuite au courant actuel de réponse à cette crise du logement parles promoteurs des petits logements écologiques, tiny-houses, etc. Après avoir évoqué les aspects positifs de ces solutions (en particulier le fait qu’ils peuvent permettre de retrouver la notion du logement comme refuge réconfortant, cocon), elle insiste plus largement sur le problème qu’ils posent : ils apparaissent comme un moyen pour les classes aisées (dont les promoteurs de ces logements font souvent partis) de rendre désirable ce qui est un état de crise sociale (faire accepter de petits logements parce que la libéralisation du marché du logement et les inégalités ont rendus inaccessibles des logements décents pour le plus grand nombre.) Elle avance par ailleurs qu’il y a quelque chose de malsain dans la façon donc ces petits logements, que ce soit les tiny-houses ou les traditionnelles chambres de bonnes parisiennes, transforme le rapport au corps, qui est vécu comme contraint, poussé à disparaitre, à prendre moins de place.

Chapitre 4

Dans ce chapitre, Mona Chollet approfondie la notion du chez soi comme lieu de refuge, de respiration et de construction personnelle. Le logement y est vu comme une extension de soi, avec lequel on fait corps, et les tâches ménagères (quand elles sont faites pour soi, pas par obligation ou pour les autres) prend dès lors une fonction de méditation.

Pour Mona Chollet, la notion de refuge, de logement où on peut se terrer sans manquer de rien, fascine parce qu’elle induit un rapport différent au temps («Le temps est le trésor vital des casaniers».) Le fait de pouvoir rester chez soi, sans avoir besoin de sortir pour travailler, consommer, etc. permet de développer un rapport beaucoup plus serein au passage du temps et rend les actes beaucoup plus dilués, libérés des contraintes (elle illustre cela avec l’exemple d’un chat préparant une sieste, il passe un temps infiniment long à préparer celle-ci en tournant en rond autour du lieu où il va s’allonger, à le préparer avec ses griffes, etc).

Pour Mona Chollet, ce rapport différent au temps, non contraint, est nécessaire à la construction de soi: il est le temps de la décantation et de la synthétisation de nos expériences. Sans ce processus d’assimilation, nécessairement lent et déconnecté de la notion de temps contraint, on ne peut pas réellement assimiler les influences et phénomènes qui nous entourent, et on perd en subtilité de notre construction, tout en favorisant le développement de l’anxiété.

L’opposition entre temps contraint et temps «libre» est ce qui pose problème dans la façon dont le travail est organisé aujourd’hui pour Mona Chollet. Le problème fondamental du travail moderne (contrairement aux problèmes qui lui sont contingents: mal-être, perte de sens, pénibilité, précarité…) est qu’il découpe le temps, le contraint, le fait fonctionner dans la répétition.

Mona Chollet observe que les sociétés modernes occidentales se sont presque intégralement construites autour de cette notion d’un temps contraint, mesuré, qui s’écoule régulièrement et doit être organisé, rempli. Elle explore l’histoire de cette notion du temps qui triomphe pour elle au 19ème siècle avec l’organisation scientifique du travail et la démocratisation des horloges. Malgré des résistances initiales (les horloges étaient les premières victimes des émeutes et insurrections ouvrières) et l’engagement de nombreux intellectuels contre cette notion du temps contraint (pour Edward Thompson par exemple, la notion de temps de travail est anti-naturel. Dans la nature, l’homme alterne des phases de travail intense et de repos total à des rythmes très différent que ce que suppose une journée de travail de 8h), la notion de temps contraints envahie largement aujourd’hui l’ensemble du corps social (des usines, elle s’est rependu à l’éducation avec la structuration des journées d’écoles, etc.) et la lutte contre le temps contraints est devenu une lutte à propos du temps contraint (on en lutte plus contre le principe d’un temps contraint de travail, mais pour définir la durée de ce temps).

En conséquence, les moments de nos vies où on ne vit pas dans un temps régulé et contraignant, pressé par tout ce qu’on doit faire, sont assez rare. Mona Chollet cite les convalescences, les temps de quarantaine, le temps des études ou encore la retraite, mais montre également que ces moments sont de moins en moins propices au «laisser aller»: la convalescence ou la quarantaine vont souvent avec la maladie, les blessures et donc l’inconfort physique tandis que les études et la retraite sont de moins en moins des temps pour soi étant donné la pression grandissante de la précarité, le travail étudiant, etc.

Pour Mona Chollet, les grandes vacances des élèves sont ce qui s’approchent le plus d’un temps vraiment «libre» dans nos vies et elle souligne le fait que ces dernières sont essentielles à nos développements. Elle les oppose aux vacances des adultes qui sont trop condensés et chargés de besoins dans nos vies pour remplir leur fonction de temps libre. Elles sont souvent dédiées au tourisme de masse qui est, pour elle, un contrecoup de l’impossibilité de vivre réellement chez soi.

Sont évoqués également les «bastions» de temps libre, à échelle plus restreinte, en dehors du travail: les week-ends, les pauses du midi, etc. Le problème pour elle est que le travail et son poids déteignent sur ces temps. Le choc du changement de temporalité occupe en fait une grosse partie de ces moments, on n’a pas le temps de s’adapter à une logique de temps libre. Néanmoins elle note que les week-ends, peuvent faire une différence en ce qu’ils sont des moments de taches choisis (contrairement au travail qui consiste en des taches imposées la plupart du temps) et permettent de valoriser plus librement le sommeil, qui est un temps productif (contrairement à l’image qu’on en a souvent.

Mona Chollet alerte ensuite sur la tendance actuelle de stigmatisation qui peut exister autour de celle.eux qui qui ne cherchent pas à rentabiliser ce temps. Elle évoque l’influence historique du protestantisme anglo-saxon et allemand dans nos sociétés qui ont amené à penser qu’il fallait sans cesse que le temps soit utile et utilisé. Cette incitation constante à s’occuper n’est pas compatible avec un vrai soin de soi et un travail en profondeur sur nos vies. Elle constate par ailleurs que cette injonction à la rentabilisation est fortement liée à une logique capitaliste de marchandisation de la vie: le temps est mesuré et rationalisé en particulier pour être vendu, marchandé (c’est la logique du temps de travail et de son rôle économique via la notion de salaire horaire.) Elle note d’ailleurs que les pays d’où la tradition protestante est absente ont souvent un autre rapport au temps (en particulier les pays de l’Europe du Sud comme l’Espagne, l’Italie, laGrèce… à qui l’on cherche à imposer cette rationalisation du temps au niveau social via, entre autre, la pression de la Commission Européenne et du FMI.)

Chapitre 5

Dans ce chapitre est évoqué la question du travail ménager dont un éloge est proposée : il permet de se restaurer, de créer un environnement réellement à soi, propice à la création et au travail. Il n’est pas intrinsèquement aliénant mais le devient dans notre société patriarcale et capitaliste du fait de la subordination dans lequel il est maintenu vis-à-vis du travail dit «productif» (Celui qui est considéré comme le «vrai» travail qui se fait à l’usine, au bureau, sur un chantier… et fait l’objet d’un salaire.)

Mona Chollet revient sur la distinction sociale, souvent mise en avant par les féministes matérialistes comme Christine Delphy ou les penseurs critiques du travail comme Bernard Friot, entre le travail «productif» et ce que les marxistes appellent le travail de «reproduction», c’est-à-dire entre ce qu’on nomme communément le travail et les tâches domestiques. Rien à priori ne distingue en substance le travail effectué par un ouvrier dans une usine ou un employé de bureau… et celui que réalise une personne qui passe le balai chez elle: les deux sont des taches ayant une utilité sociale où une personne dépense de l’énergie pour transformer son environnement, produire quelque chose, etc.

Cependant, on observe qu’un de ces deux travail fait l’objet d’une reconnaissance et est rémunéré par un salaire, tandis que l’autre est confiné dans la sphère privé et que son économie est cachée, rarement rémunéré (ou alors faiblement.) Il constitue pour une énorme part un travail «gratuit»majoritairement effectué par les femmes. Il est aussi déconsidéré symboliquement (c’est souvent un travail lié à la «saleté», caractéristique qui accompagne souvent celle.lui qui l’effectue.) Il est donc fortement aliénant, en particulier quand il n’est pas effectué pour soi.

Mona Chollet appelle donc à un autre rapport au travail domestique: il doit être fait pour soi, comme une extension des soins qu’on se prodigue à soi-même (et non pas comme un service gratuit ou monnayé fait aux autres), et doit sortir du système patriarcal où il constitue une pression sur les femmes, alimente le phénomène de «double journée» etc

Chapitre 6

Dans ce chapitre, Mona Chollet évoque plus spécifiquement la façon dont notre société structure le rapport des femmes à leur logement.

Pour Mona, le principal modèle du rapport entre une femme et son logement est justement celui… de la femme au foyer. Ce modèle tient autour de la promesse du bonheur familial, de la ménagère parfaite qui est complètement anxiogène et irréel tout en étant le seul modèle accepté de femme casanière. Si une femme veut être casanière en suivant un autre modèle (artiste, écrivaine…) elle se heurte à un jugement social difficile.

Elle est très critique d’un féminisme qui s’affirmerait comme étant un éloge du «choix» de devenir femme au foyer. Elle soutient en effet qu’un choix sous contrainte n’est pas une liberté, et que les obstacles sociaux, économiques et moraux qui se dressent sur le chemin d’une femme qui cherche à s’éloigner du modèle de la femme au foyer biaisent complètement le «choix» de nombreuses femmes qui se conforme alors au modèle dominant, mais que l’illusion du choix va pousser à s’auto-accuser de ce choix.

Pour Mona Chollet, toute la société fonctionne comme une vitrine commerciale des attributs de la femme au foyer (glorification du mariage, de la vie conjugale, médiatisation à l’extrême de la vie domestique sur internet…) alors même que toutes les études statistiques montrent que les femmes mariées sont plus pauvres, plus précaires, moins protégés de la violence… que les femmes non-mariées (on notera que c’est le contraire chez les hommes qui profitent fortement socialement du mariage.)

En revenant sur l’histoire de ce modèle, Mona Chollet note que si la femme a depuis longtemps été associée à l’espace «privé», cette tendance s’est renforcée avec le XIXe et le XXe siècle et la séparation des lieux de vie et lieux de travail. Alors qu’auparavant, dans le modèle traditionnel de la famille paysanne, mari, femme et enfants travaillaient et vivaient ensemble sur le même lieu, le modèle de la famille bourgeoise s’est imposé par la suite, avec un homme qui sort pour travailler, laissant la femme seule ou avec ses enfants à la maison, qui devient alors sa prison. Le logement en tant que lieu de réclusion pour les femmes cesse donc d’être une ressource, il est un lieu d’assignation, et cela explique l’importance qu’il a pris dans les luttes féministes du XIXème et XXe siècle

Pour Mona Chollet, l’éclatement du modèle de la famille nucléaire, sans être nécessairement une solution en soi, est une opportunité de faire émerger d’autre modes de vies (habitat collectif par exemple), de redonner de la valeur au fait de vivre ensemble ou de renégocier le modèle de vie conjugale (avec le renouveau autour de la question de l’espace personnel, des couples revenant plus récemment au modèle de chambre à part.)

Chapitre 7

Mona Chollet aborde dans ce chapitre la question de l’architecture, en particulier l’architecture d’intérieur.

Dans ce chapitre, Chollet évoque les contractions dans nos rapport aux espaces intérieurs: nous voulons à la fois qu’ils soient les reflets de ce que nous sommes pour les autres (ce qui nous amène à les afficher, à les comparer… et entraine leur commercialisation à outrance) et par le même coup nous avons souvent du mal à vraiment nous les approprier, à nous en occuper et à en faire des lieux quine nous sont pas étrangers.

De fait, l’architecture intérieure est une discipline mal considérée dans notre société contrairement au reste de l’architecture qui fait l’objet de plus d’attention. Mona Chollet évoque à ce propos une nécessaire ré-exploration de ce que nous ont transmis les vieilles demeures ou les architectures étrangères (elle évoque notamment l’architecture japonaise.) Il faut retrouver l’idée de maisons «sensuelles», qui vivent en même temps que nous (qui ne sont pas aseptisés, qui vieillissent…) Elle fait également l’éloge de l’auto-construction, retrouver la main dans la conception de son foyer.

Le danger vient pour elle de la perte de maîtrise de l’outil («Mon cerveau d’avantinternet me manque») qui crée de l’anxiété. Il faut retrouver la maîtrise de cesmoyens d’ouverture qui peuvent, bien utilisés, nourrir des relations et redonnerdu sens aux rencontres physiques. Pour Mona Chollet, il faut aussi se rendre compte de l’importance de la façondont l’ouverture au monde (par internet ou par sa fenêtre) transforme sonexpérience de l’intérieur et vice-versa.

avoir besoin de sortir pour travailler, consommer, etc. permet de développer unrapport beaucoup plus serein au passage du temps et rend les actes beaucoupplus dilués, libérés des contraintes (elle illustre cela avec l’exemple d’un chatpréparant une sieste, il passe un temps infiniment long à préparer celle-ci entournant en rond autour du lieu où il va s’allonger, à le préparer avec ses griffes,etc.) Pour Mona Chollet, ce rapport différent au temps, non contraint, est nécessaire àla construction de soi: il est le temps de la décantation et de la synthétisation denos expériences. Sans ce processus d’assimilation, nécessairement lent etdéconnecté de la notion de temps contraint, on ne peut pas réellement assimilerles influences et phénomènes qui nous entourent, et on perd en subtilité de notreconstruction, tout en favorisant le développement de l’anxiété.L’opposition entre temps contraint et temps «libre» est ce qui pose problèmedans la façon dont le travail est organisé aujourd’hui pour Mona Chollet. Leproblème fondamental du travail moderne (contrairement aux problèmes qui luisont contingents: mal-être, perte de sens, pénibilité, précarité…) est qu’ildécoupe le temps, le contraint, le fait fonctionner dans la répétition.Mona Chollet observe que les sociétés modernes occidentales se sont presqueintégralement construites autour de cette notion d’un temps contraint, mesuré,qui s’écoule régulièrement et doit être organisé, rempli. Elle explore l’histoire decette notion du temps qui triomphe pour elle au 19ème siècle avec l’organisationscientifique du travail et la démocratisation des horloges. Malgré des résistancesinitiales (les horloges étaient les premières victimes des émeutes et insurrectionsouvrières) et l’engagement de nombreux intellectuels contre cette notion dutemps contraint (pour Edward Thompson par exemple, la notion de temps detravail est anti-naturel. Dans la nature, l’homme alterne des phases de travailintense et de repos total à des rythmes très différent que ce que suppose unejournée de travail de 8h), la notion de temps contraints envahie largementaujourd’hui l’ensemble du corps social (des usines, elle s’est rependu àl’éducation avec la structuration des journées d’écoles, etc.) et la lutte contre letemps contraints est devenu une lutte à propos du temps contraint (on en lutteplus contre le principe d’un temps contraint de travail, mais pour définir la duréede ce temps.)En conséquence, les moments de nos vies où on ne vit pas dans un temps réguléet contraignant, pressé par tout ce qu’on doit faire, sont assez rare. Mona Cholletcite les convalescences, les temps de quarantaine, le temps des études ouencore la retraite, mais montre également que ces moments sont de moins enmoins propices au «laisser aller»: la convalescence ou la quarantaine vontsouvent avec la maladie, les blessures et donc l’inconfort physique tandis que lesétudes et la retraite sont de moins en moins des temps pour soi étant donné lapression grandissante de la précarité, le travail étudiant, etc. Pour Mona Chollet, les grandes vacances des élèves sont ce qui s’approchent leplus d’un temps vraiment «libre» dans nos vies et elle souligne le fait que cesdernières sont essentielles à nos développements. Elle les oppose aux vacancesdes adultes qui sont trop condensés et chargés de besoins dans nos vies pourremplir leur fonction de temps libre. Elles sont souvent dédiées au tourisme demasse qui est, pour elle, un contrecoup de l’impossibilité de vivre réellementchez soi. Sont évoqués également les «bastions» de temps libre, à échelle plus restreinte,en dehors du travail: les week-ends, les pauses du midi, etc. Le problème pourelle est que le travail et son poids déteignent sur ces temps. Le choc duchangement de temporalité occupe en fait une grosse partie de ces moments, onn’a pas le temps de s’adapter à une logique de temps libre. Néanmoins elle noteque les week-ends, peuvent faire une différence en ce qu’ils sont des momentsde taches choisis (contrairement au travail qui consiste en des taches imposéesla plupart du temps) et permettent de valoriser plus librement le sommeil, qui estun temps productif (contrairement à l’image qu’on en a souvent.) Mona Chollet alerte ensuite sur la tendance actuelle de stigmatisation qui peutexister autour de celle.eux qui qui ne cherchent pas à rentabiliser ce temps. Elleévoque l’influence historique du protestantisme anglo-saxon et allemand dansnos sociétés qui ont amené à penser qu’il fallait sans cesse que le temps soitutile et utilisé. Cette incitation constante à s’occuper n’est pas compatible avecun vrai soin de soi et un travail en profondeur sur nos vies. Elle constate parailleurs que cette injonction à la rentabilisation est fortement liée à une logiquecapitaliste de marchandisation de la vie: le temps est mesuré et rationnalisé enparticulier pour être vendu, marchandé (c’est la logique du temps de travail et deson rôle économique via la notion de salaire horaire.) Elle note d’ailleurs que lespays d’où la tradition protestante est absente ont souvent un autre rapport autemps (en particulier les pays de l’Europe du Sud comme l’Espagne, l’Italie, laGrèce… à qui l’on cherche à imposer cette rationalisation du temps au niveausocial via, entre autre, la pression de la Commission Européenne et du FMI.) Chapitre 5: Dans ce chapitre est évoqué la question du travail ménager dont un éloge estproposée: il permet de se restaurer, de créer un environnement réellement à soi,propice à la création et au travail. Il n’est pas intrinsèquement aliénant mais ledevient dans notre société patriarcale et capitaliste du fait de la subordinationdans lequel il est maintenu vis-à-vis du travail dit «productif» (Celui qui estconsidéré comme le «vrai» travail qui se fait à l’usine, au bureau, sur unchantier… et fait l’objet d’un salaire.)Mona Chollet revient sur la distinction sociale, souvent mise en avant par lesféministes matérialistes comme Christine Delphy ou les penseurs critiques dutravail comme Bernard Friot, entre le travail «productif» et ce que les marxistesappellent le travail de «reproduction», c’est-à-dire entre ce qu’on nommecommunément le travail et les tâches domestiques. Rien à priori ne distingue ensubstance le travail effectué par un ouvrier dans une usine ou un employé debureau… et celui que réalise une personne qui passe le balai chez elle: les deuxsont des taches ayant une utilité sociale où une personne dépense de l’énergiepour transformer son environnement, produire quelque chose, etc.Cependant, on observe qu’un de ces deux travail fait l’objet d’unereconnaissance et est rémunéré par un salaire, tandis que l’autre est confinédans la sphère privé et que son économie est cachée, rarement rémunéré (oualors faiblement.) Il constitue pour une énorme part un travail «gratuit»majoritairement effectué par les femmes. Il est aussi déconsidérésymboliquement (c’est souvent un travail lié à la «saleté», caractéristique quiaccompagne souvent celle.lui qui l’effectue.) Il est donc fortement aliénant, enparticulier quand il n’est pas effectué pour soi. Mona Chollet appelle donc à un autre rapport au travail domestique: il doit êtrefait pour soi, comme une extension des soins qu’on se prodigue à soi-même (etnon pas comme un service gratuit ou monnayé fait aux autres), et doit sortir dusystème patriarcal où il constitue une pression sur les femmes, alimente lephénomène de «double journée» etc.Chapitre 6: Dans ce chapitre, Mona Chollet évoque plus spécifiquement la façon dont notresociété structure le rapport des femmes à leur logement. Pour Chollet, le principal modèle du rapport entre une femme et son logement estjustement celui… de la femme au foyer. Ce modèle tient autour de la promessedu bonheur familial, de la ménagère parfaite qui est complètement anxiogène etirréel tout en étant le seul modèle accepté de femme casanière. Si une femmeveut être casanière en suivant un autre modèle (artiste, écrivaine…) elle seheurte à un jugement social difficile. Mona Chollet est très critique d’un féminisme qui s’affirmerait comme étant unéloge du «choix» de devenir femme au foyer. Elle soutient en effet qu’un choixsous contrainte n’est pas une liberté, et que les obstacles sociaux, économiqueset moraux qui se dressent sur le chemin d’une femme qui cherche à s’éloigner dumodèle de la femme au foyer biaisent complètement le «choix» de nombreusesfemmes qui se conforme alors au modèle dominant, mais que l’illusion du choixva pousser à s’auto-accuser de ce choix. Pour Mona Chollet, toute la société fonctionne comme une vitrine commercialedes attributs de la femme au foyer (glorification du mariage, de la vie conjugale,médiatisation à l’extrême de la vie domestique sur internet…) alors même quetoutes les études statistiques montrent que les femmes mariées sont pluspauvres, plus précaires, moins protégés de la violence… que les femmes non-mariées (on notera que c’est le contraire chez les hommes qui profitentfortement socialement du mariage.)En revenant sur l’histoire de ce modèle, Mona Chollet note que si la femme adepuis longtemps été associée à l’espace «privé», cette tendance s’estrenforcée avec le XIXème et le XXème siècle et la séparation des lieux de vie etlieux de travail. Alors qu’auparavant, dans le modèle traditionnel de la famillepaysanne, mari, femme et enfants travaillaient et vivaient ensemble sur le mêmelieu, le modèle de la famille bourgeoise s’est imposé par la suite, avec un hommequi sort pour travailler, laissant la femme seule ou avec ses enfants à la maison,qui devient alors sa prison. Le logement en tant que lieu de réclusion pour lesfemmes cesse donc d’être une ressource, il est un lieu d’assignation, et celaexplique l’importance qu’il a pris dans les luttes féministes du XIXème et XXèmesiècle. Pour Mona Chollet, l’éclatement du modèle de la famille nucléaire, sans êtrenécessairement une solution en soi, est une opportunité de faire émerger d’autremodes de vies (habitat collectif par exemple), de redonner de la valeur au fait devivre ensemble ou de renégocier le modèle de vie conjugale (avec le renouveauautour de la question de l’espace personnel, des couples revenant plusrécemment au modèle de chambre à part.) Chapitre 7: Mona Chollet aborde dans ce chapitre la question de l’architecture, en particulierl’architecture d’intérieur.Dans ce chapitre, Chollet évoque les contractions dans nos rapport aux espacesintérieurs: nous voulons à la fois qu’ils soient les reflets de ce que nous sommespour les autres (ce qui nous amène à les afficher, à les comparer… et entraineleur commercialisation à outrance) et par le même coup nous avons souvent dumal à vraiment nous les approprier, à nous en occuper et à en faire des lieux quine nous sont pas étrangers. De fait, l’architecture intérieure est une discipline mal considérée dans notresociété contrairement au reste de l’architecture qui fait l’objet de plusd’attention. Mona Chollet évoque à ce propos une nécessaire ré-exploration de ceque nous ont transmis les vieilles demeures ou les architectures étrangères (elleévoque notamment l’architecture japonaise.) Il faut retrouver l’idée de maisons«sensuelles», qui vivent en même temps que nous (qui ne sont pas aseptisés,qui vieillissent…) Elle fait également l’éloge de l’auto-construction, retrouver lamain dans la conception de son foyer.Elle parle enfin de l’idéal de la cabane, du lieu de «repli» hors des espacesanxieux que sont devenus les villes et nos logements actuels: c’estproblématique parce que cela montre que nous avons renoncé à être réellementbiens chez nous. Si l’on retrouvait le bien être dans le logement, on n’aurait pasbesoin de se prévoir des lieux de repli hors de chez nous (de la même manière ilfaut repenser la ville plutôt que de voir la campagne comme un échappatoire)

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